Ateliers d’Art de France

A l'occasion de l'envoie de ses vœux de la part des Ateliers d'Art de France, la Présidente Aude Tahon, a fait parvenir ce message que nous souhaitons relayer :

Chers partenaires, 

Formidable terrain d’expression, le travail de la matière représente un ancrage vital de notre monde contemporain. Exigeant, nécessitant connaissance et maîtrise technique mises au service de la création, le dialogue direct avec la matière est le cœur de l’engagement de nos ateliers d’art.
Cette capacité de création par la matière constitue l’identité distinctive des métiers d’art. Elle est ce qui nous rend attractif et nous a permis de durer à travers le temps. Dans les photos d’ateliers prises hier ou aujourd’hui, on retrouve les mêmes marqueurs identitaires qui sont notre force : l’artiste posant à côté de son œuvre, un groupe de femmes et d’hommes qui affichent fièrement leurs dernières pièces, ou encore l’ambiance de l’atelier où règnent dessins, croquis et recherches fixés au mur, matières accumulées et outils indispensables pour travailler.
Qu’il s’agisse de nos œuvres, des savoir-faire requis, de la pratique mise en œuvre au sein de nos ateliers, nos métiers d’art sont par nature inscrits dans la durée. La capacité à inventer, créer, s’adapter, est ce qui caractérise nos ateliers à travers des pratiques vertueuses : thésauriser la matière, en prendre soin, garder les chutes, détourner ou recycler, loin du gâchis, pour magnifier et transmettre ! Nos œuvres sont destinées à trouver acquéreur et portent un espoir de postérité !
Or aujourd’hui, une idéologie ressurgit fortement à travers un « lobbying » mené par l‘industrie, en particulier l’industrie du luxe, avec le soutien actif des représentants de l’État. Un vocabulaire choisi, et relayé par les médias, martèle à notre endroit : « talents de la main », « ouvriers aux mains en or », « ouvriers de l’excellence », « artisans ouvriers », « ouvriers spécialisés » !
Ces termes font-ils rêver ? Comment l’État peut-il croire que nos métiers d’art sont en mesure de générer autant d’engouement de la part des jeunes et de personnes en reconversion dans les métiers d’art, si la perspective est celle de devenir de la main-d’œuvre ? Sans conscience, surtout sans créativité, cantonnée à un geste technique ! Adjoindre le terme « talentueux » à ces déferlements de condescendance, n’y changera rien !
Ce qui fait l’engagement de vie d’un professionnel de métiers d’art, la motivation profonde d’un jeune ou d’une personne en reconversion, réside dans la capacité à s’exprimer par la matière. Notre valeur ajoutée, ce qui nous a permis de perdurer, est notre capacité à proposer aux marchés des offres singulières, éloignées du marché de masse organisé de longue date par la sous-traitance mondialisée. 
Heureusement, pour résister face à la désinformation persistante, les professionnels de métiers d’art ont su puiser leur force en se fédérant, en s’organisant collectivement pour se développer, se rendre visibles, et ainsi perdurer. Qu’il s’agisse de vendre ses créations, d’accueillir le public, de former au sein de l’atelier, ou de parler de son métier avec passion, l’exercice de notre métier d’art est toujours une rencontre avec l’autre.